Une lecture où chacun se réveille et se questionne
Je vous retrouve aujourd’hui avec un nouveau livre lu. Enfin, je peux même dire que je me suis réveillé dans ce livre. Alors de quoi parle “L’astronaute parti mourir sur la planète rouge” ?
Ma première impression est que j’ai eu l’impression de ne pas être simple lecteur mais d’être totalement emporté dans cet univers, l’introduction était “violente” car nous ne connaissons pas le contexte, on entre dans le livre en même temps qu’Olga, et comme elle, on ne sait pas où l’on est, ni pourquoi on est là. J’ai ressenti cette confusion physique, presque corporelle : la gorge sèche, la lumière trop blanche, le silence inquiétant. J’étais dedans, sans recul.
La plume d’Elham Lemeur est ancrée dans les corps et les sensations plutôt que dans l’explication. Elle écrit sans en faire trop, laissant les personnages exister avec leurs failles, leurs excès et leurs silences. Son style, volontairement direct, crée une immersion immédiate et un malaise progressif.
Ce qui m’a frappé immédiatement, c’est la solitude collective. Ils sont cinq éléments importants mais chacun est enfermé dans sa propre histoire, ses propres cicatrices. Olga m’a touché dès le départ car sa fragilité n’est pas romantisée, c’est inconfortable, dérangeant et vraiment réel. Son corps maigre, son rapport à l’image, aux réseaux sociaux, m’ont renvoyé à quelque chose de profondément triste qui donne au lecteur une profonde attache avec elle.
Alex, lui, m’a surpris. Je m’attendais à un personnage assez distant et penché côté culturel et cérébral, cependant il a une part de lui qui est assez drôle et maladroite. Cela le rend vraiment humain et j’ai pu m’attacher à lui. Je dois dire qu'il y a chez lui quelque chose de naïf, presque enfantin, qui contraste violemment avec la situation.
Sofiane est un personnage qui a tendance à provoquer (voir agresser par moment), cela m’a rendu un peu mal à l’aise. Mais, cette part de lui m’a fait comprendre qu'il ne voulait pas afficher au monde sa part cachée et que sa colère était la seule façon qu’il avait de s’exprimer.
Zayd a été, pour moi, un point d’ancrage. Sa retenue, sa dignité, sa manière d’apaiser sans dominer m’ont permis de souffler et de reprendre ma respiration dans toute cette cohue. C’est une figure qui apporte confort et sécurité à la personne qui le lit. J’ai envie de dire que c’est mon personnage préféré !
Enfin, il y a cette technologie qui est assez froide mais omniprésente tout au long de notre lecture. Ce n’est pas spectaculaire mais ça rend le lecteur angoissé par un niveau de maîtrise et c’est assez propre pour nous rendre fou. Vous entrez dans un monde où votre avis ne sera jamais demandé, vous vivez pour exécuter les ordres.
En lisant, j’ai eu plusieurs moments qui m’ont questionné sur mes actions : suis-je plus apte à agir comme Olga ou serais-je comme Sofiane ? Le livre nous pousse à choisir “un clan”. Le destin affiché dès le titre du livre laisse une forte impression, même après avoir fini la lecture. Ainsi, je pose ce livre en me demandant si, un jour, quelqu’un décidait de chaque étape de ma vie, est-ce que j’aurais la force de dire non ?
Une très bonne découverte que je vous recommande.
Publié le 8 janvier 2026