Thriller & Suspense
1ère de couverture de Quelque part
17 juil. 2025

Quelque part

Informations
Juin 1998. Girnois, une ville sans histoires. À quelques jours du bac, Louise Herbel, dix-huit ans, disparaît. Personne ne parle, le dossier est enterré. 2021. Jessica Vimard, la dernière à avoir vu Louise, est devenue youtubeuse spécialisée dans les cold cases. Suite à d’étranges messages anonymes, elle se replonge dans l’affaire. Certaines vérités dorment. Il ne faut pas les réveiller. De Lozère jusqu’en Argentine, Quelque part nous embarque dans une enquête aux multiples rebondissements, où conflits familiaux et dérives sectaires s’entremêlent.
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La chronique de Maurianne Quin
Enquête sur un cold case de 1998 : une podcasteuse brise le vernis d'une bourgeoisie sectaire.
Chronique Littéraire : quelque partJe tiens à remercier Eliza June Parr pour ce service de presse. L'Intrigue : Une double temporalité haletanteQuelque part est un roman noir psychologique fascinant qui plonge le lecteur au cœur des secrets les plus sombres de la haute bourgeoisie de province. Construit sur une double temporalité, le récit navigue habilement entre deux époques : En 1998 : À Girnois, Louise Herbel, une lycéenne de 18 ans sublime et brillante, s'évanouit mystérieusement dans les bois à bord de son vélo rouge, à quelques jours des épreuves du baccalauréat. Fugue ou enlèvement ? La police piétine malgré le témoignage de la jeune voisine de 13 ans, Jessica, qui note la plaque d'immatriculation d'un 4x4 suspect. En 2021 : Jessica est devenue une podcasteuse de true crimes sur Internet. Ciblée par un mystérieux maître chanteur anonyme qui l'accuse de plagiat, elle se retrouve contrainte de retourner à Girnois pour exhumer l'affaire Louise Herbel. Elle y retrouve Julian Sokolov, le meilleur ami de Louise, resté profondément hanté et brisé par cette disparition. Les Orthéens : La mécanique de la soumissionLa véritable force de ce roman réside dans la mise en lumière d'une structure élitiste et opaque : Les Orthéens. Présenté aux parents notables comme un club de scoutisme d’excellence visant à forger le caractère des enfants de la haute société par le "système D" et la vie en forêt, ce groupe s'avère être une effroyable machine à broyer les esprits. À travers des rumeurs, des forums secrets et le témoignage poignant de Karla Vaseilles, le livre dévoile l’horreur des méthodes orthéennes : Sélection perverse d'enfants issus de milieux influents. Lavage de cerveau théologique et exercices physiques poussés jusqu’à l'épuisement. L'épreuve traumatisante des "Sylves", où les enfants sont abandonnés la nuit en pleine forêt avec pour seul mot d'ordre : « Celui qui doute est déjà perdu ». Le lien entre les disparitions successives des deux sœurs Herbel — Cécile quelques années plus tôt, puis Louise — devient évident : toutes deux étaient passées par ce mouvement sectaire de proximité, activement soutenu par leur mère, Anne Herbel, une femme aussi rigide que méprisante. Une analyse psychologique incisiveEliza June Parr excelle à décortiquer le concept d’emprise, qu’elle soit sectaire ou familiale. La confrontation des personnages face à leur passé montre des adultes abîmés, à l’instar de Julian qui parle encore de son amie d'enfance au présent, ou de Laurent Herbel, le père, prisonnier d'un mariage toxique avec une épouse tyrannique qu'il qualifie de "dragon".Le style de l'autrice, direct, fluide et ancré dans le réel (faisant écho à l'évolution d'Internet, des forums des années 90 aux réseaux sociaux de 2021), sert magnifiquement cette atmosphère de cold-case provinciale, lourde de non-dits. Le VerdictNote : 4,5 / 5

⭐ Les notes en détail

Personnages

9/10

La force du roman réside dans la finesse psychologique de ses protagonistes. Jessica, l’héroïne de 2021, est particulièrement réussie : moderne, imparfaite, touchante dans sa précarité matérielle et émotionnelle. L'autrice excelle également à dépeindre les ravages du temps et du deuil non résolu à travers Julian, qui porte encore à quarante ans la vulnérabilité de ses dix-huit ans. Les figures antagonistes, comme la mère glaciale Anne Herbel, incarnent avec brio la toxicité et l'emprise.

Atmosphère

9/10

C'est l'un des très grands points forts du livre. L'ambiance de Girnois, cette petite ville de province étouffante, est palpable. L'autrice recrée à la perfection la nostalgie pesante de la fin des années 90 (les vélos, les journaux intimes) et la confronte brutalement à l'angoisse moderne du harcèlement numérique en 2021. Le contraste entre le confort des beaux quartiers et l'austérité obscure de la forêt (liée aux rites des Orthéens) crée une tension dramatique constante.

Style d'écriture

8/10

La plume d'Eliza June Parr est fluide, immersive et redoutablement efficace. Elle sait alterner les registres avec justesse, passant des retranscriptions de podcasts ou de messages internet à des descriptions beaucoup plus feutrées et introspectives. Son style, sans fioritures inutiles, met l'accent sur le réalisme et la précision des émotions, ce qui sert parfaitement le genre du roman noir.

Intrigue

9/10

L'architecture de l'enquête est très solide. Le mécanisme des disparitions successives des deux sœurs à l'aube de leur majorité est captivant. L'intégration de l'organisation des Orthéens fait basculer le récit du simple fait divers familial vers un thriller systémique captivant. Les fausses pistes sont bien amenées.

Immersion

9/10

Le lecteur est immédiatement happé grâce à la structure en double temporalité (1998 / 2021). Le format des chapitres, qui donne la parole à différents points de vue (Jessica, le père Laurent Herbel, les flash-backs), crée un rythme addictif. On plonge dans cette enquête comme on écouterait un véritable podcast de true crime, ce qui rend la lecture particulièrement immersive.

Cohérence

9/10

L'ensemble est parfaitement maîtrisé. Les transitions entre les deux époques se font sans heurts et les indices semés en 1998 trouvent leur écho et leur explication en 2021. Le fonctionnement du cercle des Orthéens, ses rites (comme l'épreuve des Sylves) et son emprise psychologique sur les notables locaux sont décrits de manière très crédible et documentée.

Plaisir

9/10

C'est un vrai régal pour les amateurs de cold cases et de thrillers psychologiques lents ("slow-burn"). Le livre refuse les résolutions faciles et spectaculaires pour privilégier la profondeur humaine. On prend un plaisir immense à assembler les pièces du puzzle aux côtés des personnages.

Note finale

4.50
Publié le 1 juin 2026