Les voix du silence
Avec À l’aveugle, Fanny Chambert nous plonge dans un thriller psychologique où le surnaturel ne sert pas de décor, mais de véritable moteur dramatique. Dès les premières pages, une atmosphère lourde s’installe, presque suffocante, et ne nous quitte plus jusqu’au dénouement.
Le roman repose sur un trio de personnages profondément marqués par le passé. James et Erick, enquêteurs liés par une collaboration solide en apparence, portent en réalité les fissures laissées par la disparition d’Élodie. Cette dernière, médium aussi brillante qu’instable, est au cœur du récit. Hantée par les voix des morts qu’elle ne peut faire taire, elle incarne une héroïne à la fois vulnérable et courageuse, dont le don ressemble davantage à une malédiction qu’à un pouvoir.
L’un des points forts du roman réside dans la construction psychologique des personnages. Rien n’est lisse, rien n’est simple. Les relations sont traversées de non-dits, de tensions affectives, de désirs tus et de blessures jamais refermées. Cette dimension émotionnelle donne une vraie densité à l’intrigue policière. L’enquête n’est pas seulement extérieure : elle est aussi intérieure, chacun luttant contre ses propres fantômes.
La part paranormale est particulièrement réussie. Les visions d’Élodie, ses cauchemars, les voix qu’elle perçoit, créent une ambiance troublante et immersive. Le lecteur partage son inconfort, son doute constant entre perception et réalité. Ce flou renforce la tension narrative et installe un malaise diffus qui ne cesse de croître.
Le rythme, quant à lui, est très efficace. Les chapitres s’enchaînent avec fluidité, souvent courts et rythmés, donnant au roman une tonalité presque sérielle. Chaque révélation apporte son lot de questions supplémentaires, et l’autrice sait parfaitement doser les informations pour maintenir le suspense sans jamais perdre le lecteur.
Au-delà de l’enquête et des éléments surnaturels, À l’aveugle explore des thématiques fortes :
– le poids des traumatismes
– la culpabilité et le silence
– la frontière fragile entre raison et folie
– et cette idée troublante que certaines vérités sont plus terrifiantes que les mensonges
C’est un roman sombre, intense, parfois dérangeant, mais toujours profondément humain. La tension psychologique est constante, et certaines scènes, particulièrement liées aux manifestations du don d’Élodie, laissent une empreinte durable.
En refermant le livre, on garde cette sensation d’avoir traversé une zone d’ombre, un espace où le réel et l’invisible se confondent dangereusement. À l’aveugle est une lecture immersive, qui séduira autant les amateurs de thrillers psychologiques que ceux qui apprécient une touche de paranormal maîtrisée et signifiante.
Une histoire qui hante, autant par ses mystères que par ses émotions.
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Publié le 28 février 2026