Quand la planète rouge devient un miroir de l’âme
Dès les premières pages, l’entrée en matière est volontairement brutale. Il n’y a pas de contexte rassurant, pas de balises. On entre dans l’histoire en même temps qu’Olga, et comme elle, on ne sait ni où l’on est, ni pourquoi on est là. Cette introduction est presque violente tant elle provoque une confusion physique : la gorge sèche, la lumière trop blanche, le silence pesant. J’ai ressenti cette perte de repères de manière presque corporelle, sans aucun recul possible.
La plume d’Elham Lemeur est profondément ancrée dans les corps et les sensations, bien plus que dans l’explication. Elle ne surligne jamais, n’en fait pas trop, laissant les personnages exister avec leurs failles, leurs excès et leurs silences. Son écriture directe et maîtrisée crée une immersion immédiate, accompagnée d’un malaise progressif qui ne nous quitte plus.
Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est cette solitude collective. Ils sont cinq personnages centraux, mais chacun est enfermé dans sa propre histoire, ses blessures et ses cicatrices. Dans cette aventure, j’ai rencontré Olga, anorexique russe ; Alex, Britannique souffrant d’obésité ; Sofiane, jeune délinquant français ; Zayd, originaire du sud du Liban ; et Lee Wu-Shi, star de série coréenne. Aucun point commun apparent, et pourtant…
Tous sont embarqués dans une expérience inédite, où d’étranges robots sont présents et où un enseignement est dispensé à des étudiants extra-terrestres. Le récit bascule alors dans le surréalisme, mêlant nouvelles technologies, intelligence artificielle omniprésente — parfois inquiétante, presque divine — et questionnements profonds sur l’humanité.
On se demande longtemps pourquoi ces cinq-là ont été choisis. Cette interrogation accompagne la lecture, jusqu’à ce que, peu à peu, les pièces du puzzle s’assemblent. Et tout prend sens.
J’ai particulièrement apprécié la richesse des détails technologiques et sensoriels, qui donnent l’impression d’être au cœur de l’expérience, au point de vouloir, parfois, disposer de cette technologie soi-même.
Une très belle découverte, dérangeante et immersive, que je recommande sans hésitation.
Publié le 24 janvier 2026